Les Origines – de Niepce au Numerique

│ Les Origines - de Niépce au Numérique │

PEINDRE AVEC LA LUMIERE … 

   Photographie est à la base composée de deux racines d’origine grecques : Photo ; qui procède de la lumière, qui utilise la lumière Graphie ; qui écrit, qui aboutit à une image.

 Histoire de la photographie

   Cet article retrace les grandes étapes qui jalonnent l’histoire de la photographie, principalement vue sous son aspect technique.

   La photographie pouvant être considérée comme une technique propre à supplanter le dessin ou la peinture pour représenter le monde qui nous entoure, son invention nécessitait, d’une part la réalisation d’un dispositif optique permettant la création de l’image, et d’autre part de fixer cette image sur un support pérenne par un processus chimique irréversible.

   Par ailleurs, les usages de cette technique ont évolué, et sa dimension artistique a notamment été reconnue.

La photographie comme technique

   À l’époque de la Renaissance, les peintres italiens commencent à découvrir les lois de la perspective. Pour simplifier le tracé de leurs paysages, ils utilisent deux appareils optiques qui permettent de projeter sur une surface une image d’un paysage ou d’un objet  : la chambre claire et la chambre noire (voir l’article Chambre noire).

   Cette dernière était déjà connue par Aristote (384-322 av. J.-C.), par le savant arabe Ibn Al-Haytham (965-1038) et par Léonard de Vinci (1452-1519)  ; on peut la considérer comme l’ancêtre des appareils photographiques. Elle est constituée par une boîte fermée, étanche à la lumière, dont une des faces est percée d’un tout petit trou, le sténopé. L’image inversée d’un objet éclairé placé à l’extérieur devant le trou se forme sur la paroi opposée.

   Elle fut employée par de nombreux artistes, dont Giambattista della Porta, Vermeer, Guardi et Giovanni Antonio Canal, dit Canaletto, qui l’utilisa notamment pour mettre en perspective ses célèbres paysages des canaux de Venise.

La chambre noire

Camera_obscura

Camera obscura

Giambattista_della_Porta

Giambattista della Porta

   Les visiteurs du physicien italien Giambattista della Porta (1535 - 1615) auraient été effrayés en voyant sur le mur l’image des petits personnages se déplaçant la tête en bas. Pris de panique, ils se seraient précipités hors de la pièce. Della Porta a été accusé de sorcellerie. Della Porta voulut divertir ses invités en leur faisant découvrir une camera obscura, c’est-à-dire la chambre noire en latin.

   La chambre noire n’était pas une nouveauté à l’époque de Della Porta. Aristote (-384 à -322 av. J.C.) avait observé le principe selon lequel elle fonctionnerait. Alhazen, un savant arabe du Xe siècle, en avait donné une description détaillée, et les carnets du célèbre Léonard de Vinci, au XVe siècle, en faisaient aussi mention. Au XVIe siècle, la netteté de l’image s’est améliorée avec l’introduction de la lentille. De nombreux artistes ont d’ailleurs utilisé cet accessoire de façon à rendre avec plus d’exactitude la perspective de l’échelle.  Pourtant, malgré de multiples tentatives, il a fallu attendre le XIXème siècle pour obtenir une image permanente. Celle-ci peut produire un effet spectaculaire, bien que son principe de fonctionnement soit simple. Quand la lumière pénètre par un trou minuscule dans une boîte ou une pièce obscure, une image inversée et renversée de l’extérieur est projetée sur la paroi opposée. Ce que les invités de Della Porta ont vu n’était rien de plus que les acteurs qui jouaient dans la pièce voisine. Ce qu’on appelle maintenant la chambre noire était l’ancêtre de l’appareil photo moderne.

L’objectif

   Le principal inconvénient du sténopé est son manque de luminosité. En effet, la définition de l’image produite, c’est-à-dire la finesse des détails, est en fonction de la dimension du trou. Pour obtenir une image suffisamment détaillée,  celui-ci doit être le plus petit possible  ; mais alors il ne passe que très peu de lumière et l’image est peu visible. Une lentille de verre, qui peut focaliser les rayons lumineux, améliore les performances du sténopé  : le diamètre de l’ouverture étant plus important, on admet davantage de lumière et l’image est plus claire.

   Le dispositif physique permettant de créer l’image étant inventé, il restait une étape importante à franchir  : comment faire en sorte que la vision fugitive créée par la lumière dans la chambre noire se transforme en une image véritable, stable et durable comme un dessin ou une peinture. Autrement dit, comment supprimer le travail du dessinateur ou du peintre, avec tout ce qu’il suppose d’interprétation personnelle, d’erreurs et d’imprécisions, et faire exécuter ce travail automatiquement par la lumière elle-même  ?

La chimie photographique

   La découverte de l’action des rayons lumineux sur une surface sensible est attribuée aux alchimistes du Moyen Âge, qui connaissaient les propriétés du chlorure d’argent, sensible à la lumière. Elle fut suivie durant les XVIIe et XVIIIe siècles par diverses recherches (Schulze, Beccaria, Wegwood).

   Vers 1780, Jacques Charles parvint à figer, mais de façon fugitive, une silhouette obtenue par le procédé de la chambre noire sur du papier imbibé de chlorure d’argent.

   Thomas Wedgwood (1771 – 1805) fit des expériences analogues avec le nitrate d’argent, il en publia un mémoire en 1802.

La première image photographique

Joseph_Nicéphore_Niépce

Nicéphore Niépce

World's oldest known photograph, by Nicéphore Niépce, 1825

Première photographie connue, prise par Niépce en 1825 avec le procédé de l’héliographie, représentant une gravure du XVIIe siècle montrant un homme menant un cheval.

Niepce_1826

La cour du domaine du Gras, dans le village de Saint-Loup-de-Varennes, première expérience réussie de fixation permanente d’une image de la nature (Nicéphore Niépce en 1826).

   En 1819, John Herschel décrit les propriétés de l’hyposulfite de sodium qui deviendra le fixateur de Mijus. Au début du XIXe siècle Joseph Nicéphore Niépce (1765-1833) réussit à obtenir et conserver une image due à l’action de la lumière. Dès 1812, il parvint à obtenir en lithographie des négatifs (grâce au chlorure d’argent) et des positifs (avec du bitume de Judée), mais ces images ne sont pas stables.

   En 1826 – 1827, Joseph Nicéphore Niépce a placé une plaque d’étain recouverte de bitume de Judée dans une chambre noire, face à une fenêtre de sa propriété. Il l’a exposée ainsi pendant huit heures. On y voit l’image floue d’un bâtiment, d’un arbre et d’une grange, cela constitue très probablement la première photographie.

   La plus vieille photographie, datée de 1825, est une reproduction par Niépce d’une gravure hollandaise représentant un petit cheval et non, comme on a longtemps cru, une vue de sa propriété de Saint-Loup-de-Varennes (Saône-et-Loire) qu’il réalise, quant à elle, en 1826 ou 1827.

   Voulant affiner sa méthode, Niépce s’est associé, en 1829, à un entrepreneur dynamique nommé Louis Jacques Mandé Daguerre (1787-1851). Ce dernier a accompli des progrès importants dans les années qui ont suivi la mort de Niépce, survenue en1833. Il recouvrait des plaques de cuivre avec de l’iodure d’argent, une substance qui s’est révélée être plus sensible à la lumière que le bitume. Par hasard, il a découvert, que si une plaque qui avait été exposée, était traitée aux vapeurs de mercure, l’image latente apparaissait nettement.

   À partir de ce moment-là, le temps d’exposition se réduit considérablement. Plus tard, Daguerre a conscience qu’en trempant la plaque dans une solution saline il pouvait empêcher que l’image se noircisse avec le temps.

   Arago présente la découverte à l’Académie des sciences en 1839 et Daguerre la commercialise sous le nom de « daguerréotype ». L’État français l’acquiert contre une rente viagère, puis en fait « don au monde ».

   Cependant toutes ces images ne pouvaient être produites qu’en un seul exemplaire à la fois, leur qualité était aléatoire, et elles nécessitaient des temps d’exposition de plusieurs dizaines de minutes, ce qui rendait très difficile la réalisation de portraits.

Le daguerréotype

Louis_Jacques_Mandé_Daguerre_1844_Nadar

Daguerre

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Daguerréotype

   La presse Parisienne n’a pas tardé à nommer cette mode de daguerréotypomanie. Devant la qualité remarquable des daguerréotypes, Sir John Frederick William Herschel, un scientifique britannique a écrit  : « On peut sans exagérer, les qualifier de miraculeux  ». Des hommes ont été jusqu’à qualifier cette invention comme ayant des pouvoirs magiques. Cependant, tout le monde n’a pas fait bon accueil à cette invention. En 1856, le roi de Naples a interdit la photographie, peut-être parce qu’il la croyait liée au mauvais œil. En 1839 (date officielle de l’invention de la Photographie), quand l’invention de Daguerre – le Daguerréotype – a été présentée au public, elle a reçu un accueil des plus enthousiastes. Dans son livre  : histoire de la photographie, le spécialiste Helmut Gernsheim déclare : « il est probable qu’aucune invention n’a autant exalté l’imagination du public et n’a conquis le monde en une vitesse aussi fulgurante que le Daguerréotype. » Un témoin écrit  : « Une heure après, toutes les boutiques étaient prises d’assaut. Mais il n’a pas été possible de rassembler assez d’instruments pour satisfaire la marée des daguerréotypeurs en herbe. Quelques jours plus tard, on pouvait voir sur toutes les places de Paris, face aux églises et aux palais, des chambres noires montées sur leur trépied. Tous les physiciens, chimistes et intellectuels de la capitale polissaient des plaques argentées. Même les épiciers prospères n’ont pas pu se refuser le plaisir de sacrifier un peu de leurs ressources sur l’autel du progrès, en les laissant se volatiliser avec de l’iode et fondre dans les vapeurs de mercure. »

   Par ailleurs, en voyant le daguerréotype, le peintre Paul Delaroche s’est exclamé  : « À partir d’aujourd’hui, la peinture est morte ! » L’invention a causé une vive inquiétude parmi les peintres qui l’ont perçue comme une menace nucléaire pour leur gagne-pain. Un commentateur a affirmé une autre de leurs craintes en ces termes  : «  La photographie est si rigoureusement fidèle à la réalité optique qu’elle risque de détruire la conception que chacun se fait de la beauté  ». En outre, les images photographiques ont même été critiquées pour leurs réalisme implacable qui a fait voler les en éclats les illusions de la beauté et de la jeunesse dont on se berçait jusqu’alors.

L’invention du négatif   W_H_F_Talbot

   William Henry Fox Talbot (1800-1877) mène des recherches parallèles à celles de Niépce et Daguerre à partir de 1833 et est persuadé d’avoir inventé la photographie. En 1840, il invente la « calotypie », procédé négatif-positif qui permet la diffusion multiple des images. Suivent d’autres recherches qui, petit à petit, permettent d’améliorer la qualité des images, la sensibilité à la lumière des surfaces sensibles et de simplifier la procédure de prise de vue  : 1847 «  procédé à l’albumine  » ( Claude Félix Abel Niépce de Saint-Victor , cousin de Nicéphore ), 1850 «  procédé au collodion humide  » et 1851 « ambrotypie » (  Frederick Scott Archer  ), 1852 «  ferrotypie  » ( Adolphe-Alexandre Martin ). Il ne faut pas non plus oublier les travaux négatif/positif sur papier de Hyppolite Bayard, photographe français (contemporain de Fox Talbot), qui publia en 1839 le premier autoportrait (le noyé-suicide). Niépce, Daguerre et Talbot n’ont cependant pas été les seuls à revendiquer la paternité de la photographie. Après l’annonce de Daguerre en 1839, au moins 24 hommes, de la Norvège au Brésil, ont fait de même.

Le procédé Talbot

   Talbot installait une feuille de papier enduite de chlorure d’argent dans sa chambre noire. Il obtenait un négatif, qu’il cirait pour le rendre transparent. Il le plaçait ensuite sur une autre feuille imprégnée, puis l’exposait à la lumière du jour. Il créait ainsi une image positive.

   Si, au départ, le procédé de Talbot a été beaucoup moins populaire que celui de Daguerre, et de qualité inférieure, il avait néanmoins de l’avenir. Il permettait de produire plusieurs exemplaires d’une image à partir d’un seul négatif ; de plus, le papier coûtait moins cher et il était plus facile à manipuler que le fragile daguerréotype. Malgré son succès initial, la daguerréotypie n’a eu aucun débouché, alors que la technique de Talbot sert toujours de base à la photographie moderne.

De la plaque de verre au film souple

   Les premiers clichés étaient réalisés sur des plaques de verre, relativement encombrantes, lourdes et fragiles. En1884, George Eastman met au point les surfaces sensibles souples, et le film en celluloïd, permettant de stocker plusieurs images dans le magasin de l’appareil photographique, qui supplante la plaque de verre. La diminution de la taille des appareils facilite la pratique de la prise de vues en (presque) tous lieux et toutes circonstances, ouvrant la voie à la photographie de voyage et de reportage. Le procédé de la miniaturisation de l’appareil permet de faire des clichés avec différent type de prise de vue.

   Le «  Kodak  » sera le premier appareil photographique fabriqué par la Compagnie Eastman, permettant d’enregistrer une centaine d’images sur support souple. Une fois le  » Film  » exposé, l’appareil était renvoyé à Rochester (NY) où le film était développé, les épreuves tirées, l’appareil rechargé, et le tout renvoyé à son propriétaire.

Disderi et la photo-carte de visite

Disderi,_Adolphe_Eugène_(1810-1890)_-_Giuseppe_Verdi_(1813-1901)Photographie de Giuseppe Verdi par Disderi.

   L’avènement de la photographie en 1839 ouvre la voie à une nouvelle activité professionnelle  : photographe. Un grand nombre de peintres embrassèrent cette activité naissante, mais également des hommes (et quelques femmes) qui comprirent très vite l’intérêt financier que représentait cette profession.

   L’histoire de la photographie est généralement racontée au travers une cinquantaine de noms de photographes, représentant la dimension artistique de cette profession. L’apparition en 1854 de la photo en série et la profusion des photographes permet de regarder cette histoire sous l’angle industriel. L’histoire de la photographie peut alors être envisagée au travers plus de 11 500 photographes.

   L’angle financier devient l’angle majeur, et l’angle artistique mineur. La dimension sociale est alors prépondérante. Les photographes sont si nombreux à la fin du XIXe siècle que dans son dictionnaire des professions, Edouard Charton présente cette profession comme le type même des professions émergentes.

   Les photographes durant cette période ont eu une production considérable et la photo-carte de visite représente alors la majorité de la production. Produite en plusieurs millions d’exemplaires de1854 aux années 1910, la photo-carte apprend à connaître l’évolution de cette profession. Le verso des photos-cartes apporte une foule de renseignements  : adresse, changement d’adresse, apparition du téléphone et du métropolitain, parfois leurs différentes professions … …  Des annotations manuscrites renseignent sur les usages de la photo. Cette multitude d’informations fournies par les photographies ouvre la voie à d’immenses possibilités de recherches et d’études dans le domaine social ou dans le domaine culturel  : il sort des ateliers de Disderi en1872, 2 400 photos-cartes par jour.

   Une base de données, réalisée conjointement par François Boisjoly et le LARHRA (Laboratoire de Recherche Historique Rhône Alpes) de Lyon dirigé par monsieur Pino, propose plus de 12 000 photographies et représentant plus de 11 500 noms et adresses d’hommes ayant vécu pour et par la photographie à cette époque. L’un des intérêts de cette base de données est de fournir des informations sur les photos elles-mêmes et sur les photographes.

   Une véritable histoire sociale de la profession de photographe en découle, montrant les mutations de la société, l’évolution de l’activité professionnelle et la mobilité des hommes vivant de la photographie. Débutant à Paris, la profession se diffuse sur l’ensemble du territoire national durant la deuxième moitié du XIXe siècle. La vulgarisation du procédé au travers du territoire est un révélateur de l’engouement de la population pour la photographie. La rapidité de cette propagation permet d’analyser et de mettre en évidence la prédisposition du pays à recevoir un procédé de diffusion de masse pour les images.

L’autochrome et la photographie en couleur

   Une des premières photos couleurs : Photographie d’Agen prise en 1877 par Louis Ducos du Hauron, surtout connu pour avoir inventé la trichromie (procédé de photographie et d’impression polychrome), pour la photographie en couleurs.

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Louis Ducos du Hauron

  Angouleme_1872     Fratelli_Lumiere (1)

Les frères Lumière

   Une étape importante fut ensuite le premier procédé véritablement pratique de photographie en couleurs, l’« autochrome », inventé par les frères Louis et Auguste Lumière en 1903 et commercialisé à partir de 1907.Le procédé gardait comme support la plaque de verre.

   L’utilisation était simple, une seule image, mais la sensibilité très faible obligeait à des poses de quelques secondes et le format des plaques faisait que les appareils étaient lourds. Les Frères Louis et Auguste Lumière

   Le 30 mai 1904, Auguste et Louis LUMIERE faisaient un communiqué à l’académie des Sciences de Paris, décrivant le procédé à réseau trichrome, qui trois ans plus tard deviendra l’Autochrome, le premier procédé industriel de reproduction des couleurs.

   Avant : La couleur ne pouvait être reproduite que par une sélection trichrome nécessitant trois prises de vues, superposables. Ce procédé s’adressait uniquement aux professionnels. Après : La reproduction des couleurs devient d’application simple, à la portée de l’amateur photographe, puisque la pose est unique, même si la pose est très longue (60 fois moins rapide que la référence de l’époque : la plaque Lumière étiquette bleue).

   Technologie : L’autochrome est en fait une plaque noir et blanc de grande sensibilité ( pour l’époque ) que l’on expose au travers d’un filtre composé de grains de fécule de pomme de terre calibrés ( 15 à 20 microns ) teinté de trois couleurs ( rouge orangé, vert et violet ) et assemblés par un poissant sur la plaque. Ce filtre, lui, est propre à chaque plaque et restera pour l’observation du cliché après traitement. L’exposition se fait au travers de ce filtre trichrome. Le développement noir et blanc donne un négatif aux couleurs complémentaires du sujet (action du filtre trichrome). Une inversion (passage de négatif à positif) par dissolution de l’argent réduit (identique aux diapositives noir & blanc) donne le cliché final, observable par transparence (diapositive) au travers du filtre trichrome.

   L’Autochrome restera le procédé phare de la couleur jusqu’en 1935 (arrivée du Kodachrome), quelques procédés s’en sont inspirés, avec des sélections trichromes légèrement différentes, sans trouver un aussi beau succès. Après 1933, les Frères LUMIERE adaptèrent l’autochrome, alors uniquement en plaque de verre, au film souple (Filmcolor), en augmentant la sensibilité par l’utilisation de la levure de bière à la place de la fécule de pomme de terre, mais la page se tournait irrémédiablement….

Naissance du petit format

   On ne peut aborder l’histoire de la photographie sans évoquer le « petit format », tant ce concept a été décisif dans l’évolution ultérieure de la discipline.

Edison avait défini vers 1891 les dimensions et les perforations de la pellicule utilisée dans le kinétoscope. En 1912 l’Américain Smith construisit une caméra utilisant ce support, mais le manque de sensibilité des émulsions fit échouer sa commercialisation. En 1913, Oskar Barnack construisit le premier prototype du Leica, à l’origine du concept de « petit format » qui fut réellement produit et commercialisé en 1925. La diffusion des appareils de petit format et leur succès fut assuré par l’apparition des premiers films en couleurs tels que nous les connaissons aujourd’hui, le Kodachrome (1935) et l’Agfacolor (1936).

   Auparavant le format des images négatives était au minimum de 4,5 × 6 cm, et plus souvent de 6 × 9 cm et plus, et un tirage par contact permettait d’obtenir une épreuve positive lisible. Par contre il était difficile de disposer sur une même pellicule de plus d’une douzaine de vues. L’utilisation du film de 35 mm sur lequel les clichés mesurent 24 × 36 mm permet de tripler l’autonomie d’un film. Corollaire négatif  : les images sont trop petites pour permettre une lecture directe et nécessitent un agrandissement. Celui-ci n’est rendu possible que par l’amélioration de la qualité des émulsions, notamment l’augmentation de la sensibilité sans altération de la définition qui est liée à la finesse du grain.

   Précisons toutefois que le 24 × 36 (comme on le désigne couramment), s’il représente le standard le plus utilisé dans la pratique photographique tant amateur que professionnelle, n’a pas supplanté totalement les autres formats. Une taille de négatif supérieure permet une image d’encore meilleure qualité, et les professionnels ou les amateurs les plus avertis continuent d’utiliser le moyen format qui va de 6 × 6 cm à 6 × 9 cm et dont le support est un film souple, et le grand format sur plan films ou plaques de verre.

Évolutions récentes

   Vers 1948, le docteur Edwin Land met au point le premier appareil à développement instantané (à positif direct), le Polaroïd, et en 1962 il adapte ce procédé à la couleur.

   Tous les procédés photographiques actuels « par image argentique » ne sont que des perfectionnements de ces inventions, soit du matériel de prises de vue, soit des surfaces sensibles.

   Avec le XXIe siècle, la photographie est entrée dans l’ère numérique. L’évolution actuelle semble condamner la technique argentique à ne subsister que sous forme d’expression purement artistique pratiquée par quelques rares amateurs.

   En janvier 2007, la société Eastman Kodak annonce la fermeture de son dernier laboratoire en France.

La photographie numérique

   Les techniques informatiques permettent de transformer une image en une série de points, les pixels, dont les caractéristiques sont exprimées par des nombres, ce qui permet de la reconstruire sur un périphérique informatique. La difficulté de cette technologie, qui marque une rupture complète avec les procédés physico-chimiques initiaux, se situe dans la conception des capteurs électroniques de l’image qui remplacent le film. La résolution de ces capteurs, le nombre de pixels d’une image qu’ils sont capables d’analyser, évolue très rapidement. Sur les appareils commercialisés, ils atteignent actuellement jusqu’à 36 millions de pixels pour les appareils au capteur plein format, et cinquante millions de pixels pour les moyens formats et permettent d’obtenir une image de qualité pour une taille d’environ un demi-mètre carré. Comme pour les anciennes techniques, cette qualité dépend aussi de l’optique de l’objectif.

   La photographie numérique présente l’avantage d’offrir des possibilités infinies de retraitement et de retouche des images avec un ordinateur et un logiciel de traitement d’image. De la simple correction de lumière, de contraste, de couleur, à la retouche et la composition d’image, ces logiciels permettent une grande liberté de création.

   Les réseaux de communication, internet et les services communautaires de photo en ligne apparus depuis 2003, ont déployé les possibilités d’usage de la photo numérique. Avec les blogs et les services de partage de photographies comme Pikeo ou Flickr, les photographes internautes disposent des outils et services permettant la communication, l’échange, l’exposition de leurs photos numériques, autant dans la sphère privée, communautaire, qu’à l’échelle planétaire. Les services offrent des possibilités d’exploitation en ligne considérables  : gestion des contacts, diaporamas, localisation géographique …. Les artistes et professionnels y trouvent leur compte avec des audiences considérables pouvant dépasser n’importe quel lieu d’exposition physique.

   Les milliards de clichés pris chaque année indiquent que son succès ne s’est jamais démenti. Et aujourd’hui, sa popularité s’est accrue grâce aux appareils numériques qui offrent une haute définition de l’image en mégapixels. Ces appareils sont munis de petites cartes mémoires pouvant contenir des centaines d’images (photos). On peut même en tirer chez soi des épreuves d’excellente qualité à l’aide d’un ordinateur et d’une imprimante.

La photographie comme moyen d’expression

   Aux origines, la photographie fut utilisée par les peintres comme aide pour leurs travaux. Puis elle devint rapidement un moyen d’expression à part entière, de nombreux artistes la pratiquant parallèlement à d’autres modes d’expression ou s’y consacrant exclusivement.

   Dans le même temps apparut la possibilité de l’utiliser comme témoignage historique, et se développa la notion de photo reportage. Ainsi le banquier Albert Kahn tentera de constituer, de 1909 à 1931, les archives de la planète en envoyant des photographes dans 50 pays du monde.

Les domaines de la photo

   Les peintres appliquaient leur art à diverses formes d’expression, et se spécialisaient dans les scènes de genre, la décoration, la peinture d’histoire ou le portrait  ; assez vite les photographes explorèrent diverses voies pour mettre à profit les nouvelles techniques qui s’offraient à eux. Et ces applications se multiplièrent avec les progrès et la facilité d’utilisation qui s’ensuivirent. Si le portrait se développa rapidement dès lors que les durées de pose furent limitées à quelques minutes — on s’aidait pour cela de sièges pourvus d’appuie-tête et d’accoudoirs divers — les autres genres photographiques proliférèrent dès que l’on put utiliser un matériel relativement transportable et commode d’emploi.

La nature morte et le portrait

   Ces disciplines s’accommodaient bien des contraintes liées aux premiers procédés utilisés,  qui nécessitaient de disposer d’un laboratoire attenant au studio de prise de vue, car les émulsions devaient être préparées juste avant l’exposition à la lumière, et le développement devait suivre immédiatement après.

La photographie entraîne des changements profonds

   Dès les débuts de la photographie, le réformateur social Jacob Riis a vu en celle-ci un moyen de diriger l’attention du public sur la pauvreté et la souffrance. En 1880, il a commencé à prendre en photo les quartiers pauvres de New York à la tombée de la nuit. En guise de flash, il utilisait de la poudre de magnésium qu’il faisait brûler dans une poêle à frire. Par deux fois il a mis le feu à la maison où il travaillait, et une autre fois à ses vêtements. On dit que ses clichés ont motivé certaines réformes entreprises par Théodore Roosevelt à son arrivée à la Maison Blanche. D’autre part, la force persuasive d’une série de photographies de paysages, prises par William Henry Jackson a amené le congrès américain, en 1872, à faire de Yellowstone le premier parc national du monde.

À la portée de tous

   Vers la fin des années 1880, le coût et la complexité de la photographie dissuadaient encore de nombreuses personnes de s’y essayer davantage. Toutefois, quand en1888 George Eastman lance le Kodak, un appareil photo portatif très maniable et doté d’une pellicule, la voie s’est dégagée pour le photographe amateur.

   Quand un client avait pris ses photos, il retournait l’appareil entier à l’usine. La pellicule y était traitée, et l’appareil rechargé, puis réexpédié avec des photos développées, le tout à un prix relativement bas. Le slogan « Appuyez sur le bouton, nous ferons le reste » n’avait rien d’exagéré.

Une technique objective  ?

   La photographie inaugure une nouvelle ère dans la représentation  : on est à présent capable d’avoir une représentation du réel « objective ». C’est-à-dire que l’homme ne représente plus le réel tel qu’il le voit et tel qu’il le peut mais c’est le réel qui impressionne, « seul », le support. Ainsi la photographie trouve rapidement son usage dans le reportage, dans l’anthropométrie, inventée par Alphonse Bertillon. On a l’ambition de réaliser un inventaire du monde.

   Nous savons toutefois aujourd’hui que cette objectivité a ses limites. Déjà la photographie argentique permettait de travestir la réalité, d’ajouter ou de retrancher des éléments d’une image par un patient travail de laboratoire. Mais avec l’avènement de la photographie numérique, ces trucages qui n’étaient auparavant accessibles qu’à des connaisseurs, deviennent presque à la portée de tous.

   En outre, par le choix de tel cadrage, de tel traitement appliqué à la photo, le photographe interprète à sa façon le réel qui s’offre à lui. C’est ainsi qu’en noir et blanc, une ambiance peut être rendue dramatique par certaines techniques alors que la réalité ne l’était pas autant.

Influence sur la peinture

   Jusqu’à l’usage de la photographie, c’est la peinture qui avait pour rôle la représentation de la réalité. Les peintres étaient tiraillés entre le besoin d’une représentation fidèle à la réalité et le désir d’embellir leurs tableaux pour les rendre plus attrayants. Avec l’arrivée de la photo, les arts plastiques ont pu se libérer de la réalité et se tourner vers l’art abstrait.

Un art populaire

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La photographie a aussi inauguré une époque où presque tout le monde pouvait disposer de son portrait ou de représentations d’objets ou de lieux qui restaient jusque-là réservés à une élite économique, quand il fallait demander à un peintre de réaliser une image. Cela s’est traduit dans un premier temps par certaines photographies qui s’approchaient beaucoup du portrait peint le plus classique.

   Mais la réalisation de la photographie s’est également rapidement diffusée. Et aujourd’hui, presque tout le monde a facilement accès à la capacité de « prendre une photo ». La représentation du monde en a été transformée et les sociologues ne manquent pas d’étudier les pratiques et les résultats de cette photographie populaire. Pensons seulement aux touristes japonais, l’appareil photographique toujours en bandoulière, ou à nos boîtes à chaussures pleines de vieilles photographies de famille.

   Cet environnement très favorable permet ainsi de parler d’« art populaire » par la possibilité ainsi offerte au plus grand public de posséder les formes de cet art et d’en produire les artefacts.

Le sixième art

   La photographie est un moyen technique et mécanique de conserver une représentation graphique des moments, des objets ou des gens. Mais c’est aussi un moyen d’expression plus ou moins abstrait, portant la signature de son auteur, le photographe, et dont l’objectivité est équivalente à n’importe quelle œuvre artistique. Longtemps enfermée dans l’imitation de la peinture (pictorialisme, marines, portraits …), la photographie a trouvé sa propre voie artistique avec l’apparition du surréalisme.

   Sources : Compilation de différents articles de Wikipédia.